« natures in.dociles » à La Boite Noire

Actuellement et jusqu'au 30 mars 2019, environ 25 photographies issues de ma série Rue Bel-Ébat, sont exposées à Tours, aux côtés des sculptures de l'artiste plasticienne Malou ANCELIN...

 
 
 
Exposition “natures in.dociles”
avec l’artiste plasticienne Malou ANCELIN (sculptures)
du 8 au 30 mars 2019 - Galerie La Boîte Noire
57 rue du Grand Marché, 37000 Tours
ouverture du mercredi au samedi, de 11h à 19h
 
 
 

La série exposée, des photographies extraites de Rue Bel-Ébat

 
Mi 2017, après une première série photographique au collodion humide sur verre et quelques expositions, une nouvelle aventure commence avec mon appareil argentique Rolleiflex et un sac de pellicules noir et blanc offert par mon ami Pascal Miele.
 
De l’espace protégé du salon regorgeant d’objets propices à la mise en scène, je me retrouve projetée dans des lieux vides, pillés, aussi pittoresques qu’inhospitaliers, les ruines. Pour produire cette série, il m’aura fallu dépasser l’hostilité de lieux qui nous semblent parfois endormis et paisibles.
 
 
Je poursuis mon travail autour de l’enfermement, de la mémoire, du temps qui passe et de la blessure, en m’appuyant désormais sur le motif de la décrépitude matérielle et sur les relations que l’humain entretient avec l’environnement dans lequel il s’inscrit.

La ruine

 
Figure fascinante, ouverte à tous vents et close sur elle-même, la ruine m’intéresse en ce qu’elle demeure piégée entre deux dynamiques, l’abandon et la résistance. Elle engendre l’attraction et la répulsion. Elle est un trésor à découvrir, interdite et secrète autant qu’une honteuse verrue dans nos paysages, tantôt montrée du doigt car dangereuse, tantôt méprisée, jamais totalement ignorée.
 
Pour ce travail, j’ai établi une analogie entre les problématiques liées à ces maisons inhabitées et celles des maisons closes telles qu’on en trouvait avant que la loi Marthe Richard de 1946, n’abolisse ces institutions « bourgeoises ». La connexion de ces deux univers donne naissance à Rue Bel-Ébat.
 
Je réunis au cœur de cette série plusieurs bâtiments dont je réinvente le passé pour reconstituer la mémoire falsifiée d’une maison. Les personnages féminins que j’incarne, deviennent des émanations de cette maison, la rumeur de ses murs. Je cadre les décors vides et déclenche un retardateur mécanique intégré à l’appareil, et qui me laisse environ 9 secondes pour prendre place à l’intérieur du cadre. Rue Bel-Ébat est conçue comme un parcours à travers les différentes pièces de la maison, assimilées aux chapitres de la série (chapitre 1, les portes / chapitre 2, les vestibules, etc.). La première partie de la série est une ascension à travers les étages, la seconde sera, elle, une descente...

Le tirage au palladium / platine, artisanal et précieux

(ce procédé m’est enseigné par Pascal Miele, tireur, et journaliste à Chasseur d’Images)

 
Le palladium/platine est un procédé non argentique, à base de sels métalliques précieux connu depuis la fin du XIXème siècle. Il est prisé pour sa préciosité, sa stabilité dans le temps et son rendu velouté. Durant la Seconde Guerre Mondiale, le platine est classifié « métal stratégique ». Entrant dans la fabrication des explosifs, son utilisation est restreinte à des fins militaires. Il se raréfie. On lui trouva alors un substitut, le palladium. Aujourd’hui, le palladium – principalement utilisé dans l’industrie automobile – s’épuise à son tour. Il est devenu le métal précieux le plus cher au monde.
 

Le procédé

 
Une feuille est enduite d’une solution photosensible sur laquelle on vient presser un négatif à la taille de l’image finale. La feuille et le négatif sont placés sous UV pour procéder à l’insolation (tirage dit par « contact », c’est à dire sans agrandisseur). L’image est ensuite développée puis rincée longuement et séchée. Ne restent dans les fibres du papier que les métaux précieux, le palladium et le platine. Utiliser le tirage au palladium est un véritable choix esthétique. Ce procédé me permet de faire coïncider la forme au fond, mon propos et l’objet photographique exposé au public. Le procédé au palladium est ancré dans le papier et mes personnages cherchent à faire corps avec la maison.
 
Les photographies exposées à la galerie La Boîte Noire jusqu’au 30 mars 2019 sont issues de la première partie d’un livre d’artiste en deux volumes, constitué de 90 tirages palladium et 60 textes cyanotypes (travail en cours).

"La rumeur", détail du tirage au palladium / platine sur papier Hahnemühle Platinum Rag.

(de gauche à droite)  "Le cerf couronné" de Malou ANCELIN, ainsi que mes photographies "Arborescence" et "Effraction". crédit photo © Jean-Yves POPULU